Stan Smith aux pieds

une chaussure, des joueurs Stanley SMITH Robert HAILLET et des modèles fashions tendances et intemporelles.

03 juillet 2007

Le tennis aseptisé

Tennis . Jeu stéréotypé, prépondérance de la force, les clichés du jeu décortiqués par un théoricien de la raquette à l’occasion de l’US Open à New York             

Auteur de Quel tennis pour le XXIe siècle (1), Didier Masson est aussi enseignant dans l’Eure. Opposant au président actuel de la Fédération française de tennis, Christian Bîmes, il s’était présenté lors des dernières élections fédérales sur une liste adverse emmenée par Yannick Noah et Patrick Proisy. À l’occasion de l’US Open à New York, il nous livre l’oeil du technicien sur le tennis actuel.             

Mise en jambes. « Si l’on regarde les joueurs des années 70-80, Stan Smith ou Ilie Nastase, leur jambe arrière avançait toujours vers l’avant, c’est ce qui provoquait la montée au filet. Aujourd’hui, cette jambe ne bouge plus, les joueurs mettent une pêche au service et ne vont plus vers l’avant. Pourtant, le but du tennis, c’est d’avancer dans le terrain. John Mc Enroe ne reculait pas. Il était constamment à l’intérieur du terrain. Ce n’est pas un hasard si lorsqu’on joue petit bras, on a toujours une jambe qui traîne derrière. »             

Y a-t-il un joueur parfait ? « Parmi les meilleurs joueurs actuels, l’Argentin David Nalbandian a une très bonne assise au sol, ce qui l’aide à avoir une traversée de la balle beaucoup plus longue. Le Russe Davydenko s’appuie sur une rotation des épaules ultrarapide, c’est ce qui fait sa force. Pour ce qui est de Roger Federer, le numéro 1 mondial, il n’est pas parfait techniquement. Il pourrait être encore meilleur. Par exemple, il ne termine pas son geste en coup droit, il ne l’accompagne pas jusqu’au bout. »             

L’enclume et le marteau. « Grosso modo, les raquettes modernes pèsent aujourd’hui 300 grammes contre 400 grammes avant qu’on ne passe aux matériaux composites. Cette différence de 100 grammes explique beaucoup de choses dans le tennis actuel, par exemple le fait que les joueurs ont besoin de beaucoup plus d’échanges pour rentrer "dans le lard" du joueur adverse. En fait, c’est comme lorsque vous prenez un marteau et que vous voulez enfoncer un clou, si l’engin est trop léger, vous allez mettre beaucoup plus de temps à l’enfoncer. »            

Jeu de main, jeu de vilain. « Le grand tamis explique la prépondérance des coups joués à deux mains aujourd’hui chez les joueurs du circuit. Là encore, tout est lié à l’histoire des matériaux utilisés. Comme les raquettes en bois cassaient souvent au niveau de leur coeur, les constructeurs qui sont passés aux matériaux composites ont voulu construire un coeur de raquette très costaud, ils ont donc écarté les branches de la raquette au maximum. Mécaniquement, cette raquette à plus grand tamis a entraîné un blocage de l’épaule. Du coup, les gamins qui se sentaient moins à l’aise se sont emparés de la raquette à deux mains. »             

T’avances ou tu recules ? « Globalement, les juniors français n’avancent pas dans le terrain, ils ne jouent que du fond du court. Gaël Monfils, qui est pourtant un des meilleurs seniors français, est sur le même modèle. Tous ces joueurs illustrent bien la tendance initiée par des enseignants et des dirigeants qui ont pris le pouvoir en France il y a quarante ans et qui ne veulent plus le lâcher. C’est la querelle des anciens et des modernes, les anciens prônaient la ligne droite, le plus court chemin vers la réussite. Il faudrait y revenir dans le tennis d’aujourd’hui. En France comme dans pas mal de pays, on n’apprend pas aux jeunes à jouer relâché, il faut que ça frappe fort tout de suite. On ne fait pas de la qualité, on fait de la masse, on fait du taylorisme, du chiffre au lieu de travailler sur la qualité. Or le tennis, c’est un jeu de délié où tout part des hanches. Ces dernières années, on a "bousillé" un nombre incroyable de gamins au jeu très fin en les faisant à tout prix jouer en force. »                           

Frédéric Sugnot                 paru le 1er septembre 2006 l'Humanité
   
(1) Didier Masson est également l’auteur de Pour un meilleur tennis, Éditions Chiron, 2004.       


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